J'aime la langue française
J'aime la langue française! Sûrement pas autant que le parler arabe tunisien, mais je l'aime assez pour chercher à la pratiquer le plus souvent possible, à en faire les éloges à ceux qui l'apprennent et à la défendre contre ses détracteurs et de ceux qui la déforment, la transgressent et y greffent une multitude d'accents bizarres.Je n'ai certes pas grandi dans un quartier huppé, où le français se pratique dès l'enfance, aussi bien dans les établissements scolaires que dans les foyers et même dans la rue. J'ai passé une enfance de rêve à Radès, loin des tumultes des grandes villes. Mais ça ne m'a pas empêché de bien parler le français, de le lire et de l'écrire correctement. Je dois le niveau que j'ai atteint aujourd'hui à ma mère, fervente lectrice, à mes enseignantes du primaire et mes "professeures" du secondaire, et comme se le plaît à dire Voltaire : "je n'ai jamais eu d'enseignant ou de professeur" et surtout à la lecture et à la télévision (merci Antenne 2). Je n'ai pas oublié mon père, je l'ai simplement gardé pour la fin. Effectivement, c'est lui qui nous pourvoyait en livres, en revues, en magazines, en journaux et en cassettes, moi, mon frère et mes sœurs, pour que nous lisions et progressions en français. Comment puis-je oublier les centaines de romans de jeunesse, les magazines Picsou, Pif et Mickey Journal, les encyclopédies et autres dictionnaires illustrés, les albums Panini, les revues de bande dessinée Strange, Titan, etc. et les cassettes VHS des classiques de Disney... je ne pourrai jamais oublier tout ça. Même si aujourd'hui j'ai perdu le contact avec ces jolies choses, dans un monde monopolisé par Internet et la télévision. Un monde livré à la haine, à l'égoïsme et à la violence. Un monde dans lequel la devise est "Un pour tous et chacun pour soi!". Un monde qui a longtemps jeté à la poubelle tout ce qui en faisait un lieu où il fait bon vivre, partager et apprendre d'autrui. Je suis pris, malgré moi, dans ce tourbillon qui tourne de plus en plus vite et qui finira par engloutir les valeurs qui résistent et à effacer les principes des "insoumis", les balayant comme des vulgaires mégots éparpillés un peu partout dans une station de métro!
J'ai grandi avec cette langue magnifique et je ne tarirai pas d'éloges à son propos. Ce n'est pas que je dénigre mes origines, j'apprécie aussi la langue arabe classique mais pas autant que le français. Sans doute à cause de sa difficulté, de sa complexité mais surtout à cause de sa non utilisation. En effet, il n'est pas facile de la pratiquer en dehors des classes. Et elle a perdu son statut, servant seulement à caricaturer, à vulgariser une conversation en imitant un personnage célèbre ou un acteur qui l'a déjà fait avant nous!
Triste sort pour une langue jadis servant à faire progresser les sciences, l'homme et la vie. Une langue qui a longtemps été celle des poètes et des orateurs. Une langue qui a été "tuée" par ses propres locuteurs, qui ont semé la pagaille dans une communauté arabe désarticulée et pleine de contradiction et de paradoxes.
Que dire de plus, sinon que ça me fait mal au cœur, moi, devenu professeur de français, en constatant au fil du temps, que le français est assailli de partout par des locuteurs qui ne pensent qu'à le parler comme bon leur semble, faisant leurs propres règles, modifiant à leur grès les structures grammaticales et enlevant ce dont ils n'ont pas besoin pour "bien" parler le français.
Et le pire est que ce ne sont pas seulement les immigrés à blâmer, qu'ils soient des "maghrébins" ou des africains, mais aussi et surtout les français eux-mêmes qui ne réagissent pas suffisamment et qui sont loin d'être conscient du grave danger qui menace la langue qu'ils parlent. Danger causé pas les argots qui ne cessent de gagner du terrain, même si la cohabitation de l'argot et du français standard n'avait pas posé de problème réel auparavant. Mais causé également par les anglicismes, ou devrai-je dire les "américanismes" qui gagnent du terrain en raison de leur statut de langue de l'information, de la technologie, du sport... bref de presque tout! Et les horribles accents maghrébins et africains dans tout ça? Il n'est pas exagéré d'affirmer que leur rôle est plus qu'influant dans cette dégénérescence de la langue.
Et que dire alors des néologismes? Ces inventions "miraculeuses" qui permettent à tout un chacun de s'extirper des situations les plus difficiles et embarrassantes, en ponctuant sa phrase par "Mais bien sûr que ça n'existe pas dans un dictionnaire! C'est un néologisme très cher... c'est nouveau, pratique et facilement mémorisable." C'est grotesque et ça enlève à la langue tout ce qu'elle a construit de plus beau et de meilleur.
J'entends là-bas, au fond les linguistes qui gesticulent et cogitent pour nous sortir cette maxime, supposée être irréfutable :"Le néologisme est donc un phénomène linguistique naturel, un facteur de l'évolution de la langue, une nécessité absolue quand il désigne une chose nouvelle." FOUTAISE!
Je ne suis pas contre tous les néologismes mais il faudrait quand même penser à en choisir ceux qui conviennent et qui s'intègrent le mieux à la langue sans la dénaturer. Tout le monde invente des néologismes et ce phénomène me rappelle la "fatwa" en Islam. La plupart des musulmans d'aujourd'hui ne savent même pas ce qu'ils doivent et ce qu'ils ne doivent pas faire... la faute à ceux qui se sont mis en tête d'empoisonner l'existence des infidèles et paradoxalement... des fidèles! On entend de plus en plus de nouvelles "fatwa" et tous s'y sont mis; chacun invente les siennes et essaye de les diffuser par tous les moyens à sa disposition, le téléphone portable et Internet étant les plus utilisés.
Le cas du français n'est pas meilleur!
Peut-être que la France ne verra plus jamais de noms de plume tels qu'elle avait connus tout au long de son histoire. En tout cas, je ne le souhaite pas.

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