Je parle le dialecte tunisien et j'en suis fier!
Je respecte les études menées au sujet de la situation linguistique en Tunisie. Mais il n'y a vraiment pas de processus sérieux, continu et assez solide qui prenne en compte tous les aspects d'un dialecte en perpétuelle évolution.L'on traite davantage les cas du français langue seconde et de l'arabe classique parce que c'est plus facile à faire. Les références bibliographiques abondent et les travaux précédents sont facilement accessibles et surtout "se copient" assez facilement et impunément!
Le parler arabe Tunisien, était, est et restera peut être éternellement ignoré, boudé et réduit à une transfiguration, à une déformation, à une variante hybride "vulgaire" pour ne pas dire bâtarde de l'éminente langue arabe classique; langue des poètes, des écrivains, des orateurs, des politiciens, des journalistes, les religieux et de quelques inconditionnels qui la défendent bec et ongles, refusant d'admettre que les temps où cette "perle linguistique" dominait est révolu. C'est une langue que tout être doté d'un minimum de conscience et de bon sens, n'hésitera pas à qualifier de morte.
Il aurait suffit de visiter la bibliothèque nationale pour s'en rendre compte. Des ouvrages d'une valeur scientifique et culturelle inestimables étaient conservés, ou pour dire vrai, abandonnés dans des casiers et sur des étagères rustiques datant de l'époque coloniale. Je ne vous parlerai pas de l'état de ces livres et revues... ça fait vraiment mal au coeur... Insectes, poussière, rongeurs et humidité ont fait des ravages irréparables. Dommage! Certains me diront que ces ouvrages, pour la plupart réalisés par des français, ne sont qu'un triste témoignage d'une époque sombre de notre pays. Et qu'il faudrait même les brûler et passer à autre chose afin d'oublier la souffrance causée par les dirigeants de ce pays tyrannique qu'est la France. Mais je dis que ces ouvrages sont les fruits de longues années passées par des gens étrangers, des hommes de lettres et des scientifiques, à étudier minutieusement un dialecte qui leur était inconnu et incompréhensible. Quel était leur but? Sinon que d'essayer de comprendre mieux ceux qui parlaient ce dialecte, qui ma foi, s'est révélé être tellement riche, varié et étoffé pour attirer l'attention des étrangers. La culture, la langue, les traditions, les fêtes, les moments de la vie, la diversité régionale... tous ces thèmes ont été traités, décortiqués, interprétés afin de mieux comprendre un pays, une civilisation, certes soumise mais au potentiel étonnant.
Il y a même un dictionnaire de l'arabe tunisien, véritable "almanach" archaïque qui traite aussi bien des mots de tous les jours que des mots tabous, interdits à l'usage en public (même si les temps ont changés et l'on n'est même plus surpris d'entendre dans la rue les gros mots que même les malfrats d'autrefois s'abstenaient de prononcer en public!!). Ouvrage à la fois intéressant et amusant à lire et dans lequel on découvre des choses étonnantes que l'on ignorait.
Tout ça pour dire qu'il n'est jamais trop tard pour découvrir la beauté de notre langue. Elle offre une grande variété de proverbes, de contes, d'anecdotes, de jeux de mots... source inépuisable et invitation durable à un retour aux sources pour parler tunisien et le parler fièrement!

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